Canot à glace course - canada 2026

Cherchez l’ours !

Il y a des moments où on se sent touriste jusqu’au bout des ongles, et celui-là en fait clairement partie.

Je marchais le long du Saint-Laurent, à Québec, et le fleuve m’offrait un spectacle que je n’avais vu ailleurs que dans les documentaires : des centaines, des milliers de blocs de glace, certains hauts comme des voitures, qui dérivaient à une vitesse bien plus rapide que ce que j’imaginais. De véritables petits icebergs en pleine ville! Ils glissaient et se précipitaient vers l’estuaire comme s’ils avaient un rendez-vous à ne pas manquer.

Moi, évidemment, je me suis arrêtée net! Fascinée, le nez collé à la balustrade comme devant une vitrine de Noël. Mes amis québécois, eux, trouvaient ça drôle et exagéré de ma part et ils se moquaient gentiment : « Attends, tu vas voir l’ours polaire debout sur son bout de banquise… tu sais, comme dans les reportages sur le réchauffement climatique ! » Merci les copains pour la dose d’humour! et pour m’avoir fait sentir, l’espace d’une seconde, un peu ridicule dans mon émerveillement de parisienne qui découvre le grand froid.

Sauf que l’ours, je ne l’ai jamais vu bien sûr! Ce que j’ai vu, en revanche, était encore plus inattendu. Au milieu de ce chaos blanc et mouvant, des embarcations sont apparues. Un mélange improbable entre le radeau et le kayak qui semblait flotter dangereusement parmi les icebergs. Et, oh! Il y avait des hommes debout à l’intérieur, ils pagayaient tour à tour à bâbord et à tribord, repoussant d’un geste expert les blocs de glace qui se précipitaient sur la coque de l’embarcation.

J’ai mis un moment à comprendre ce que je regardais. Ce n’était ni une balade touristique ni une opération de sauvetage. Mais un entraînement, pour la course de canot à glace du lendemain. Une tradition québécoise, un sport national, que je découvrais en direct, sans en avoir jamais entendu parlé.

Ce spectacle était hypnotique et quel suspens! Chaque geste semblait calculé au millimètre : personne ne pagayait n’importe comment, personne ne gênait son voisin, chacun savait exactement quand pousser fort sur la glace et quand se retirer pour laisser filer un bloc trop gros pour être combattu. Aucune improvisation visible, juste une coordination silencieuse, presque chorégraphiée, entre les membres d’une équipe qui devaient se connaître par cœur pour bouger ainsi, ensemble, sur une eau glacée, dans cette aventure périlleuse. C’est une de ces disciplines qui ne pardonne aucune hésitation. J’ai su plus tard en m’informant qu’un français faisait partie d’un de ces équipages et qu’il avait de bonnes chances de remporter la victoire lui et son équipe. Et pourtant je n’en avais jamais rien su.

Je suis repartie sans avoir vu d’ours polaire ce qui laisse encore un peu d’espoir pour les conséquences du réchauffement climatique encore trop peu combattu et pris en considération à ce jour, mais avec l’image de ces canotiers gravée dans ma mémoire pour le reste du voyage.

Il y a des scènes qui nous suivent sans qu’on sache encore pourquoi, celle-ci m’a suivie jusqu’à mon blog, plusieurs semaines plus tard, en repensant à tout autre chose que le Saint-Laurent. Mais ça, c’est une autre histoire, du côté « Regards Croisés » cette fois.

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