On parle beaucoup de digital nomad aujourd’hui. Pourtant, certains l’étaient déjà… sans le savoir.
Je ne me suis pas réveillée un matin en décidant de devenir digitale nomade. Je l’ai compris bien plus tard. C’est en partant au Canada que quelque chose s’est éclairé. Comme si, en changeant de décor, certaines évidences jusque-là invisibles avaient enfin pris forme. Et l’une d’elles était là, presque amusante : j’avais toujours travaillé en nomade.
Une organisation en mouvement dès le départ.
Depuis l’obtention de ma licence web à l’université René Descartes à Paris, un compromis idéal entre e-learning sur Moodle et présentiel, ma vie s’est organisée autour d’un mélange constant de mobilité, d’adaptation et d’anticipation. Jeune mère de famille nombreuse, avec des projets professionnels déjà bien présents, j’ai très vite appris à tout faire cohabiter. Ou plutôt… à tout faire tenir, y compris le manque de sommeil. Organiser les plannings des enfants, mes missions en agence web ou en indépendante, les réunions de parents d’élèves… les innombrables présentations PowerPoint! Oui, oui. Vous voyez la “maman cool” dans les sketchs de Florence Foresti ? J’essayais de la devenir. Ou au moins de m’en approcher. Sauf que derrière l’image, il y avait surtout une réalité bien plus dense : celle des wonder women des années 2000, toujours à courir entre la maison, la nounou, l’école et le bureau, l’ordinateur portable sur un genou et le smartphone coincé entre l’épaule et l’oreille, prêtes à intervenir à tout moment pour gérer les débuts d’incendie, au travail comme à la maison.
Travailler partout, tout le temps.
Je me souviens de ces vacances au camping. Mes enfants dansaient, riaient, vivaient pleinement leurs soirées d’été… et moi, assise un peu en retrait, l’ordinateur posé sur les genoux, surveillant à la fois la piste de danse et la connexion wifi. J’attendais la fermeture de la Bourse pour mettre en ligne des communiqués urgents. Je me souviens aussi du spectacle de fin d’année. La salle plongée dans le noir, l’émotion de voir mes enfants sur scène… et moi, sur mon minuscule smartphone, en train de modifier un planning projets, anticiper des risques de dérive, envoyer en urgence une mise à jour au CODIR. Et puis cette scène… Au bord de la piscine. Le cours d’aquagym battait son plein sur de la musique de Daft Punk, le professeur gesticulait avec une énergie folle, mes filles pouffaient de rire…et moi toujours, en maillot, assise sur un transat, essayant de finaliser une stratégie de communication réseaux sociaux pour un client, dans ce joyeux chaos sonore!
Trouver sa concentration dans le mouvement.
Avec le recul, je me dis que j’étais toujours ailleurs. Pas vraiment absente mais jamais complètement présente au même endroit et au même moment que tout le monde. Mon cerveau navigant toujours entre différents continents et espaces temps, parfois en surbooking… Et pourtant, j’aimais ça! J’ai toujours aimé travailler dans certaines ambiances animées. Déjà plus jeune, je révisais mes fiches de bac au café prés du lycée. J’y trouvais la concentration nécessaire. Le brouhaha, les conversations, les mouvements… tout cela m’aidait à me canaliser. Sans doute un écho à mon enfance, passée dans le café-restaurant de mes grands-parents où je passais mes week-ends, installée au comptoir face à mon lait-fraise et mon croissant tout chaud, sous l’oeil bienveillant de mon grand-père. Le bruit, la vie, les gens… c’était mon décor naturel.
Le bureau n’était déjà plus un lieu unique de travail.
Plus tard, il y a eu le métro. Puis le RER. Souvent les deux, la voiture n’étant pas une option à Paris. Et le train puis l’avion (plus exceptionnel), toujours en France, allant jusqu’à en faire le tour lors de certaines missions. J’ai fini par passer presque plus de temps dans les transports qu’au bureau. Alors je me suis adaptée. Smartphone en main, réunions en visio, échanges sur Teams, organisation en déplacement constant. Consciente des aléas, retards, grèves, pannes, accidents voyageurs, feuilles sur les voies et j’en passe! Je prenais souvent la parole la première, le matin, sur les espaces en ligne d’équipe. Un petit message pour dire bonjour, une présence, une façon de dire : je suis là. Et puis parfois, je sortais mon arme secrète : la réunion chouquettes. Un moment simple pour détendre les tensions, marquer un début de projet, célébrer une réussite, accueillir quelqu’un.
Aujourd’hui, ce serait sans doute des cookies protéinés, sans gluten et sans lactose… pas sûre que l’effet soit le même sans tout ce sucre! Mais il y a encore peu de temps, les chouquettes faisaient le job.
Sans le savoir, j’étais déjà nomade.
Avec le recul, tout cela me paraît évident. Je travaillais déjà partout.
Je pensais déjà en mouvement. Je m’adaptais déjà en permanence. Je n’avais simplement jamais mis de mot dessus. Ce n’était pas un statut, ni une tendance, encore moins une stratégie. C’était ma façon de vivre. Et je n’étais pas la seule! Combien de personnes ont vécu et vivent encore ce quotidien parfois sans en avoir fait le choix ?!
Et il aura fallu partir loin, changer d’environnement, ralentir le rythme au tempo de la nature et vivre différemment…pour enfin le voir. C’est en arrivant au Canada que cette évidence s’est imposée à moi. Mais ça… c’est une autre histoire.
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